Partager un mix en direct avec un client (sans bouncer, sans abonnement, sans prise de tête)
Par David Payette · ingénieur du son, musicien professionnel · À propos →
La plupart des outils de partage de mix supposent le même enchaînement : bouncer le mix, uploader le fichier, envoyer un lien, et attendre les retours. Cet enchaînement convient pour les livrables finaux. Ce n’est pas le bon enchaînement pour une session de travail en cours.
Il existe une approche plus rapide. Tu laisses le client entendre le mix pendant que tu le mixes. Il écoute sur son téléphone, son ordinateur portable ou dans sa voiture. Il te renvoie ce qu’il entend. Tu fais le changement. Il l’entend à nouveau. Toute la boucle de révision peut se dérouler dans le temps qu’il faudrait pour rendre et envoyer un MP3 par e-mail.
Cette page explique comment faire — quels outils existent, ce à quoi chacun est adapté, et comment le faire gratuitement avec Auxfeed si tout ce dont tu as besoin c’est le chemin audio.
Pourquoi bouncer, c’est le chemin lent
Imagine le workflow standard « envoyer le rough » :
- Bouncer en place. Deux minutes.
- Recadrer l’export. Trente secondes.
- Uploader sur WeTransfer / Dropbox / Filepass. Une à deux minutes pour un fichier haute résolution.
- Rédiger un e-mail poli. Deux minutes.
- Attendre que le client l’ouvre. Entre dix minutes et deux jours.
- Lire un retour vague. (« Les voix sont un peu noyées dans le deuxième couplet, peut-être ? »)
- Ouvrir la session. Faire le changement.
- Recommencer depuis l’étape 1.
Trois à cinq itérations, c’est normal. Chaque itération prend au moins une après-midi si le client ne surveille pas sa messagerie. La partie lente n’est pas le travail — c’est l’attente.
Une session de revue de mix en direct effondre la boucle. Tu fais le changement, le client l’entend en quelques secondes, il dit oui ou non, tu passes à la suite. Deux itérations peuvent se passer en deux minutes. Les retours vagues (« la grosse caisse est trop forte ») deviennent actionnables sur le moment parce que vous écoutez tous les deux la même lecture.
Ce n’est pas une idée nouvelle. Les pros le font depuis deux décennies, d’abord avec ISDN, puis avec Source‑Connect, plus récemment avec Audiomovers LISTENTO et les diverses plateformes de studio virtuel. Ce qui est nouveau, c’est qu’on n’a plus besoin de payer pour le faire.
À quoi ressemble vraiment une revue de mix en temps réel
Trois modes, selon les intervenants et leur emplacement.
Ingénieur + client distant, tous les deux à un bureau. Tu es au studio. Ils sont sur leur ordinateur portable ou avec des écouteurs, n’importe où avec une connexion réseau. Tu leur envoies un lien par texto. Ils appuient dessus. L’audio commence à jouer sur leur appareil. Tu lances FaceTime, Zoom, ou simplement un fil iMessage en parallèle pour le talkback. Tu joues le mix. Ils écoutent, commentent, tu fais le changement. Tu recommences.
Ingénieur + client distant, client mobile. Le client est dans le train, dans la voiture, en train de promener le chien, dans un café. Il appuie sur le lien depuis son téléphone, branche ou couple ses AirPods, et écoute. Tu n’as pas besoin qu’il soit à un bureau. Il renvoie quelques phrases par texto. C’est le cas le plus courant en 2026.
Ingénieur + producteur + A&R de label, multi-auditeurs. Même configuration, plusieurs destinataires sur le même lien. Chacun reçoit son propre flux audio. Chacun commente séparément. Tu tiens la timeline principale.
La technologie a convergé vers la même forme sur tous les produits du secteur : l’ingénieur lance un plugin qui envoie le bus master sur internet ; l’auditeur appuie sur un lien pour le recevoir. Ce qui diffère c’est le prix, les exigences de compte, l’appareil que l’auditeur utilise, et ce qui est intégré autour du chemin audio.
Latence honnête
La revue de mix en temps réel n’est pas de l’enregistrement en temps réel. L’audio atteint le client quelque part entre 80 et 200 ms après avoir quitté ton bus master, selon la route et le réseau. Ce n’est pas assez serré pour jouer en temps réel ensemble. C’est largement suffisant pour « rejoue-moi le deuxième refrain, la caisse claire me semblait bizarre ». Tu appuies sur play ; ils l’entendent presque immédiatement.
Pour comparaison : ISDN était historiquement d’environ 30 ms dans un sens. Source‑Connect enregistre sous 40 ms dans de bonnes conditions. Les deux coûtent de l’argent réel par mois et sont orientés vers les ingénieurs qui ont vraiment besoin d’enregistrer des voix à distance. Auxfeed est dans la plage 80–200 ms et est orienté vers le groupe beaucoup plus large d’ingénieurs qui ont besoin de laisser quelqu’un entendre le mix sans avoir besoin d’une latence de niveau tracking.
Sois honnête là-dessus avec les clients. « C’est pour la revue, pas pour l’enregistrement. » Ça évite la conversation gênante plus tard.
Configuration Auxfeed en 60 secondes
- Installe le plugin Auxfeed dans ton DAW — AU, VST3 ou AAX. Téléchargement gratuit. Redémarre le DAW.
- Place-le sur ton bus master. Post-fader.
- Appuie sur « Obtenir le lien de partage ». Le plugin génère un code à 6 chiffres et une URL
https://auxfeed.app/s/<code>. Appuie pour copier ou pour afficher le QR. - Envoie le lien. iMessage, WhatsApp, Telegram, e-mail, Slack — ce que le client utilise. Le lien est juste une URL normale.
- Le client appuie dessus. Sur iPhone, un App Clip s’ouvre et commence à jouer en quelques secondes ; s’il installe l’app, il obtient la lecture en arrière-plan et un lien direct vers le flux. Sur Android, la page Chrome propose « Ouvrir dans l’app » (lien direct si l’app Android Auxfeed est installée, sinon Play Store) ou « Écouter » (lecture dans le navigateur). Sur un ordinateur, ça charge le lecteur web.
L’audio les atteint dès que tu appuies sur play dans le DAW. Ils écoutent. Ils te répondent par texto. Tu changes quelque chose. Ils l’entendent.
C’est le workflow complet. Pas d’inscription, pas de compte, pas de formule. Tu n’as pas besoin de planifier quoi que ce soit. Tu n’as pas besoin d’installer des pilotes. Tu n’as pas besoin de leur donner ton numéro de téléphone ou d’envoyer une invitation de calendrier.
Quand LISTENTO, Source‑Connect ou Sessionwire sont la bonne réponse
Auxfeed n’est pas le bon outil pour chaque travail audio à distance. Soyons honnêtes sur ce que chaque outil fait vraiment.
Audiomovers LISTENTO. 24 à 49 $/mois selon le palier. Produit mature, bien connu des clients dans les grands marchés musicaux. L’app récepteur est gratuite, mais le plugin émetteur est payant. Si tes clients utilisent LISTENTO régulièrement et que tu es un utilisateur professionnel intensif avec des besoins de routage multicanal (5.1, immersif, envois de stems), LISTENTO est la réponse établie. Auxfeed est un substitut crédible pour la partie revue stéréo de ce que fait LISTENTO, gratuitement. Si tu utilises principalement LISTENTO pour des revues en cours de session avec un seul producteur ou A&R, passer à Auxfeed ne coûte rien et libère l’abonnement.
Source Elements Source‑Connect. 35 $/mois pour Standard/Talent, 105 $/mois pour Pro/Studio, 25 $/mois pour le nouveau palier RTL Creator à partir d’avril 2026. La proposition de valeur de Source‑Connect, c’est l’enregistrement — voix off broadcast, ADR, musiciens de session jouant en temps réel à distance avec une latence aller inférieure à 40 ms. Si tu enregistres des talents de VO à distance ou des musiciens de session, Source‑Connect est la bonne réponse et Auxfeed ne l’est pas. Si tu utilises Source‑Connect uniquement pour qu’un client entende le mix pendant que tu l’ajustes, Auxfeed fait la moitié revue gratuitement. Source‑Connect Now (le palier gratuit, réception uniquement) est pour le côté auditeur ; le palier payant est ce que tu remplacerait.
Sessionwire et Soundwhale. Tarification premium. Les deux intègrent audio + vidéo + partage d’écran + chat dans une seule app de studio virtuel. Si tu as vraiment besoin de la vidéo du client regardant ton écran et d’un chemin audio en direct et d’un chat avec timecodes et que tu veux une seule app pour tout gérer, Sessionwire est l’offre groupée qui existe. Si ton client a FaceTime, Zoom ou iMessage et que tu n’as besoin que du chemin audio en plus, Auxfeed est la version décomposée. La plupart des ingénieurs que je connais ont déjà FaceTime ou Zoom ; c’est le chemin audio qui est difficile à mettre en place correctement.
JackTrip. Open-source. Marché des performances — latence inférieure à 30 ms pour jouer avec un autre musicien à distance. La latence de 80–200 ms d’Auxfeed en fait le mauvais outil pour ça. JackTrip est le bon outil pour ça.
Mixlr / vMix / BoxCast. Outils broadcast — diffusion publique en direct pour des dizaines ou centaines d’auditeurs. Catégorie différente. Si tu produis une diffusion en direct, ce sont les bonnes réponses. Auxfeed est natif dans le plugin, conçu pour la revue client de un-à-quelques.
Recettes de workflow
Ingénieur solo + artiste distant. Le cas le plus courant. L’artiste dort dans un fuseau horaire différent, tu mixes le matin, tu envoies un lien en milieu d’après-midi. Il appuie dessus sur son téléphone avec des AirPods. Tu envoies des textos sur les changements que tu as faits. Il écoute. Il répond avec deux phrases. Tu révises. Il ré-écoute. Durée moyenne d’un tour de révision : dix minutes, y compris le temps qu’il lui faut pour trouver un endroit calme.
Ingénieur + producteur + A&R de label. Deux ou trois auditeurs sur le même lien, chacun sur son propre appareil, chacun joignable via son propre fil iMessage / Slack / e-mail. Tu peux parler à chacun séparément ou dans un groupe de discussion. Tu tiens la timeline principale. Auxfeed affiche le nombre d’auditeurs dans le plugin pour que tu saches qu’ils sont connectés.
Directeur de voix off + talent. Le talent est dans son studio chez lui avec le mix en direct dans ses écouteurs ; le directeur écoute le même flux via Auxfeed ; communication via FaceTime ou un appel téléphonique en parallèle pour la direction. C’est l’alternative économique à une configuration Source‑Connect complète. Ça ne fonctionnera pas pour l’enregistrement — la latence est trop élevée pour que le talent synchronise sa delivery à un click. Ça fonctionnera pour repérer des alts, parler de l’interprétation, et prévisualiser les éditions au fur et à mesure.
Éditeur de podcast + présentateur. Le présentateur est dans une autre ville. L’éditeur est au bureau. L’éditeur lit le rough cut dans le DAW ; le présentateur écoute via le lien et note les timecodes à corriger. Ou inversement — l’éditeur lit des sections individuelles pour confirmer un choix créatif. Plus rapide que la livraison de fichiers pour la phase d’aller-retour de n’importe quel épisode.
Mixer devant un client au studio avec la deuxième salle d’écoute chez quelqu’un. Même configuration que la revue en tête-à-tête, sauf que le destinataire est de l’autre côté de la ville. Il peut participer en temps réel sans se déplacer.
Ce que ce n’est PAS
- Pas un outil de collaboration sur fichier de projet. Pas d’échange piste par piste, pas de contrôle de version, pas de commentaires horodatés sur une forme d’onde. Filepass, Pibox, Boombox et des outils similaires gèrent ce workflow. Auxfeed est le chemin audio ; si tu as aussi besoin d’une validation, d’un paiement, d’un fil de commentaires ou d’une synchronisation de session, utilise l’un de ces outils en complément.
- Pas un outil de jam. Une latence de 80–200 ms est correcte pour la revue, fatale pour jouer en temps réel ensemble. Utilise JackTrip.
- Pas multicanal. Auxfeed est actuellement stéréo. Les ingénieurs travaillant en 5.1 / 7.1.4 / Atmos ont besoin d’un outil différent pour la revue multicanal (LISTENTO Multi, Source‑Connect Pro). Auxfeed stéréo fonctionnera toujours bien pour une vérification d’impression stéréo.
- Pas un outil de vidéoconférence. Pas de vidéo, pas de partage d’écran, pas de chat intégré. Utilise FaceTime / Zoom / iMessage / Slack en parallèle.
Le choix délibéré est d’exceller dans le chemin audio et de laisser l’utilisateur continuer à utiliser les outils qu’il a déjà pour le reste. C’est pourquoi Auxfeed est gratuit.
Ce qui change après une semaine d’utilisation
Quelques choses qui ne sont pas évidentes avant d’avoir vraiment mixé de cette façon.
Tu arrêtes de bouncer des rough mixes. L’acte de bouncer était toujours un substitut à « laisse-les l’entendre maintenant ». Une fois que tu peux les laisser l’entendre maintenant, le bounce devient évidemment inutile pour la phase de revue. Tu bounces encore pour la livraison finale et l’archive.
Les retours vagues le deviennent moins. Quand le client entend la même lecture que toi, « les voix semblent noyées » devient « là, à 1:42, juste sur ce mot ». La timeline partagée est la plus grande amélioration de workflow à elle seule.
Les tours de révision se raccourcissent. Le temps moyen de deux allers-retours passe de plusieurs jours à moins de trente minutes pour les petites corrections. Les grands changements créatifs prennent encore leur temps normal, mais les petites corrections (ajustements de niveau, mouvements EQ, équilibre de ride) tombent presque à zéro.
Tu factures différemment. Certains ingénieurs passent d’une tarification par tour de révision à un taux horaire parce que les tours deviennent courts et fréquents. D’autres gardent le par-tour et incluent simplement la revue en temps réel comme valeur ajoutée. Dans tous les cas, la conversation avec le client sur le périmètre change de forme.
Questions fréquentes
Le client doit-il installer quelque chose ? Sur iOS, un App Clip charge l’interface d’écoute en quelques secondes sans installation. Sur Android, le lien s’ouvre dans Chrome et il appuie sur « Écouter » pour lire dans le navigateur, ou « Ouvrir dans l’app » si l’app Android Auxfeed est installée. Sur un ordinateur, le lien ouvre le lecteur web. Pas d’installation requise pour écouter sur aucune plateforme.
Auxfeed fonctionne-t-il sur internet, ou seulement sur le même réseau ? Les deux. Si toi et l’auditeur êtes sur le même Wi‑Fi (au studio), Auxfeed se connecte directement. Sinon, l’audio transite par le relais Auxfeed (un cluster de serveurs que nous maintenons à Hetzner Frankfurt). Même enchaînement, latence légèrement plus élevée sur le chemin relais.
Est-ce que quelqu’un d’autre que mon client écoute ? Non. Le code de partage à 6 chiffres est privé. N’importe qui avec le lien peut écouter, donc ne le publie pas, mais le relais n’enregistre pas le contenu des sessions et l’audio est chiffré en transit.
Combien de temps le lien reste-t-il valide ? Chaque code de partage est valide 30 minutes après que le plugin l’a généré pour la première fois ; le plugin envoie un heartbeat au relais qui le maintient actif pendant toute la durée d’un flux continu. Si tu arrêtes le plugin et t’absentes, le code expire après que le heartbeat s’éteint. Génère-en un nouveau pour la prochaine session.
Puis-je enregistrer les réactions de l’auditeur ? Pas actuellement — Auxfeed est un audio à sens unique (ingénieur → auditeur). Le talkback est dans la roadmap v1.1.
Est-ce que ça coûte quelque chose ? Non. Le plugin est gratuit. Les apps réceptrices sont gratoires. Le relais est gratuit. Le modèle est un palier Pro payant pour l’émetteur (monitoring mid/side/mono/solo, EQ 3 bandes, LUFS intégré, true peak, LRA, cibles de loudness par plateforme) ; l’écoute est toujours gratuite pour tout le monde.
Et si je veux utiliser Auxfeed et Source‑Connect en même temps ? Ils fonctionnent indépendamment. Source‑Connect est ton chemin d’enregistrement ; Auxfeed est ton chemin de revue. Sessions différentes, auditeurs différents, pas de conflit.
Essaie-le
Télécharge le plugin. Installe-le. Place-le sur ton bus master. Appuie sur « Obtenir le lien de partage ». Envoie-le à un client.
Soixante secondes. Sans abonnement. Sans compte. L’audio va de ton DAW vers leurs AirPods.
C’est tout le pitch.
À voir aussi :
- Alternative à Audiomovers LISTENTO — comparaison directe concurrente.
- Comment vérifier ton mix sur casque Bluetooth — même produit, destinataire différent (toi).
- Téléphone comme deuxième écran de vumètres — une fois que tu streames vers le téléphone pour la revue, le téléphone devient aussi un excellent pont de vumètres.